Mi figue, mi raisin

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Que dire d’un week-end passé à 3000m dans la cabane des becs de Bosson ? Pas grand chose.

Mais, quand même.

Ne serait-ce que pour visualiser Greg Talbot qui répond, sur un parking de Grimentz qui vient de frémir pour les exploits d’un rideur du bitume qui scandalise grand-papy sur sa promenade du dimanche, à la question : »-T’as kiffé les couloirs de Grimentz ? » « – J’préfère les couloirs des vieux bordels de Prague ».

On a souvent l’habitude de conclure par une chute, autant dire qu’à Grimentz c’était plutôt l’introduction. À peine arrivé au lieu-dit de la construction d’un kicker dont la taille n’avait d’égale que son inutilité, c’est bel et bien un festival de gamelles dignes d’un talus au bar des musiciens à cinq heures du mat’ auquel on assistait. N’en déplaise aux puristes du shape, dont les bras huilés aux muscles saillants bossaient plus vite qu’un rasta qui rattraque le park des Crosets, c’est le « natural kicker » de Arco et Langel qui a eu le plus de succès. Un succès si immense qu’on raconte que certains riders sont allés jusqu’à mettre leur vie (ou celle d’une deck) en jeu pour avoir l’honneur d’y faire un run. On rappelle pour les non-initiés que le but n’était bien sûr pas de replaquer, mais de sortir vivant de ce qui avait tout l’air d’un piège à con. Cinq runs, cinq échecs. Bel effort.

Le deuxième exploit du week-end s’est greffé sur une erreur d’appréciation. Lorsqu’à quatre heures de l’après-midi deux snowboarders se lancent sur une face exposée toute la journée, sans pelles, sans arva, et sans conscience, tout le monde crie au scandale. C’était sans compter l’information capitale qui, faute de moyens de transmission, ne nous était pas parvenue à temps : le seul plan weed fiable des becs de Bosson était un alpiniste qui campait sur la crête. À nouveau, toute nos excuses aux deux concernés, on avait vraiment pensé que vous faisiez de la merde.

On ne saurait trop insister, dans ce genre d’articles à orientation pédagogique, sur les dangers de l’alcool en altitude. Un dénommé Gigi Châtelain s’en serait rendu compte à ses dépens, à 3000m un bitter en vaut trois, et si en plus de ça t’as la main lourde sur les quantités parce que tu te saoules pour ne plus écouter les conneries de Ben, t’es très vite mal. Deux bouteilles de Bitter pour une demi de coca, c’est un dosage d’école. Les effets sont infaillibles, quand tu te lèves pour aller manger ta soupe, t’as l’impression d’être Cousteau, et c’est pas parce que tes runs étaient des perles, mais t’as la même démarche qu’un crabe.

En parlant de bouffe, l’expert incontesté reste Greg, qui cultive l’art des contrastes (et je ne parle pas uniquement du niveau de ses blagues en rapport avec leur nombre impressionnant). C’est une question de patrimoine culturel suisse bien maîtrisé, opposé à des valeurs fondamentalement anglaises, une question de couleur de l’épiderme, opposée à la couleur de son assiette : quand t’as la peau écarlate, et que tu manges une saucisse de veau blanche agrémentée d’un Sinalco, tu cultives l’art des nuances. Assis à la terrasse du resto tipi-que de Grimentz, voyant devant mes yeux la fumée d’une cigarette, et cet énergumène revenir avec le plat en question, j’ai eu une pensée pour les indiens d’Amérique quand s’est pointé le premier peau-rouge dans le village des sqaws et des apaches : ils étaient pas forcément enthousiastes.

Pas plus que Pierre qui s’est levé à cinq heures du mat’ pour finalement voir deux pelés et trois tondus, clubs de golf à la main, qui rident avec des poubelles et un style digne d’un groupe de jazz manouche qui s’est trompé en montant sur la scène du Gurtenfestival. Ou que l’auteur même de cet article, quand il se rend compte du fait que le chauffeur sensé le descendre de Grimentz à Lausanne, route ô combien serpenteuse et escarpée, a quelques problèmes avec la pédale d’embrayage, ce qui occasionne rien de moins qu’un arrêt du moteur couplé à une impossibilité de tourner le volant. Si on m’avait dit que sur mon registre de décès y allait avoir écrit : »mort entre Fang et Niouc, un lendemain de cuite à 3000m pour une question de boîte à vitesse » je l’aurait mal vécu.

Heureusement rien de tel ne s’est produit et le week-end était phénoménal. Comme conclure n’était clairement pas l’optique du séjour, je vous laisse avec une phrase aussi vide de sens que la totalité de cet article qui n’aura probablement servi à rien de plus qu’à broder là où il n’y avait rien à dire : c’est à dire où nous étions.

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