Sauvez la planète

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Dans quelques jours, le 41e Paléo Festival Nyon ouvrira ses portes. L’événement tant attendu soufflera une bougie de plus et vous a préparé pour l’occasion une semaine encore plus exceptionnelle que d’habitude avec une programmation musicale éclectique, des animations révolutionnaires qui raviront petits et grands, des stands de nourriture variés et de qualités, une ambiance festive et accueillante, et surtout avec la solution pour sauver la planète!

Aussi invraisemblable que cela paraisse, c’est en fait aussi simple que ça : pour sauver le monde, il vous suffira d’acheter un billet pour le Paléo et d’y aller, mais de préférence en transports publics (vous pourrez quand même y aller en voiture, il y aura des grands parkings et des grands embouteillages prévus à cet effet, où vous pourrez faire tourner à fond la climatisation de votre 4×4 par 35 degrés).

Les moyens mis en oeuvre par les organisateurs pour protéger l’environnement, lutter contre la pollution et économiser l’énergie sont effectivement impressionnants et devraient achever de convaincre les sceptiques : imaginez-vous un énorme workshop de 84 hectares où 230’000 êtres humains se livrent pendant une semaine à des activités à vocation écologique comme manger des brouettes de sandwichs au magret de canard, des containers de hot-fondues ou des tonnes d’assiettes de dégustations du Tuk-Tuk, le tout en buvant les millésimes des invendus viticoles de la région et des milliers de litres de bière tordue à l’eau et refroidie par une armada de réfrigérateurs de classe énergétique indéterminée. Les consommateurs alternatifs auront la possibilité d’acheter plein de bibelots locaux, des produits fair-trade, des vêtements cools fabriqués en Chine avec imprimé dessus des slogans d’avant- garde comme: “I Love Ronaldo” ou “Keep Calm and Go to Paléo”.

De plus, grâce à son smartphone et aux puissantes ondes de téléphonie mobile qui arroseront le site du festival, le festivalier moderne pourra aisément saturer les réseaux sociaux de posts subtils de type: “Je suis à Paléo et je viens de croiser Bastian Baker qui commandait un kebab bio” ou de vidéos du concert intégral rarissime filmé à main levée de la star montante du Népal Yamonpéi Kivapabien. N’oublions pas les adolescents qui pourront passer leur temps à traîner sur le talus avec leurs copains et leurs copines à qui ils essayeront de toucher les nénés avant de fumer leur premier pétard pour revendiquer leur révolution boutonneuse et leur non-appartenance aux valeurs du système en vigueur.

L’après-midi, grâce aux travaux réalisés par les étudiants des écoles d’arts et d’ingénieurs, les festivaliers pourront se questionner sur leur empreinte carbone et leur rapport en tant que consommateurs contemporains devant des tas de palettes en bois et des installations multimédias innovantes où ils pourront faire coucou à distance à d’autres festivaliers grâce à un ingénieux système d’écrans et de caméras. Plus tard, après être ensuite allé faire un tour dans la grande roue pour échapper à la poussière du terrain dégagée par la foule qui pogote en plein cagnard au concert de Promethee, les visiteurs pourront aller chiller au stand Marlboro et gagner des paquets de clopes en regardant des vidéos de gens cools qui font des courses de stand-up paddle sur de la musique de David Guetta.

Les amateurs d’exotisme quand à eux, trouveront également au village du monde, spécialement importée pour l’occasion avec des gros camions diesel, une réserve naturelle thématique dans laquelle ils pourront s’extasier devant une culture différente en découvrant émerveillés ses différentes facettes comme sa musique, son artisanat primaire, sa nourriture bio, ses traditions ancestrales, sa médecine naturelle, son retard technologique et même ses authentiques habitants avec lesquels ils pourront se prendre en selfie. Certains soirs, un orage éclatera et recouvrira de boue tout le terrain du festival, enfouissant alors les mégots, papiers et autre déchet dans le sol, fournissant alors un amusant passe-temps aux aspirators chargé du nettoyage du site.

Une fois la nuit tombée et qu’il se sera fait chouraver ses gobelets consignés sur lesquels il comptait pour acheter une casquette Sea Shepherd, une boîte de capotes sans gluten ou une eco-box en aluminium recyclé, le festivalier se trouvera plongé dans un monde magique grâce aux kilomètres de décorations lumineuses à ampoules économiques, à la beauté du terrain de l’Asse bordé d’arbres qui se tapent la fumée des stands malakoffs et tartiflettes depuis 25 ans, et à la poésie des constructions en ferraille qui brûlent au bout du monde en dégageant une fumée aussi noire que Renaud en 2007, ou Renaud dans Germinal. La soirée battant son plein, il pourra alors aller assister aux performances scéniques de grands militants de la cause écologique comme Muse ou encore Massive Attack, se plonger dans la nostalgie des années où on en avait rien à foutre du recyclage et du tri des déchets au concert de Alain Souchon ou Michel Polnareff, aller voir si Tiken Jah Fakoly est toujours altermondialiste, ou pour tout faire d’un coup, il ira au concert de Louise Attaque.

Plus tard, quand le festivalier sera bien bourré, il pourra passer à d’autres activités pour sauver la planète comme pisser contre les barrières parce qu’il y a trop de monde aux toilettes, vomir le mélange paëlla-sangria ingurgité en excédent, ou essayer de rentrer au bar des musiciens sans se faire choper par les sécus. Et s’il y parvient, la prochaine épreuve consistera à essayer de draguer quelqu’un qu’il croyait super canon grâce à l’ambiance feutrée, aux 12 rhum-coca-trop-de-glaçons-et-pas-assez-de-rhum, et au set d’anthologie du dj qui repasse Capitaine Flamme et Les Démons de Minuit pour la dixième fois en trois jours. C’est comme dans le monde du spectacle : la réalité, c’est pas toujours ce que tu vois.

Tout ça pour finir le dimanche devant le feu d’artifice le plus nature- friendly du monde avec une bonne gueule de bois, fauché, mais avec la satisfaction d’avoir contribué à sauver la planète.

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